Croissance et épuisement

La vie sur Terre est une forme d’expression de l’énergie. La principale source, le soleil, est d’abord stockée sous forme de biomasse végétale. Au fur et à mesure de la chaîne alimentaire où les végétaux sont mangés par les herbivores, eux-même mangés par les carnivores, l’énergie finit par être libérée sous forme de chaleur, laquelle n’est pas recyclée. L’énergie solaire ne fait que passer. Dans certaines conditions, une partie de la biomasse est transformée soit en charbon (plantes terrestres), soit en pétrole (algues et poissons). Le charbon et le pétrole ne sont rien d’autre que de l’énergie solaire stockée et accumulée durant des millions d’années.

Les progrès de l’évolution humaine, souvent mesurés par sa croissance démographique, sont liés à une meilleure utilisation de l’énergie à disposition. La transition démographique du néolithique est liée aux progrès dus à l’invention de l’agriculture (énergie alimentaire), tandis que celle du XVIIIe siècle est liée à l’industrialisation (énergies industrielle et alimentaire). Alors que la première transition détournait l’énergie stockée dans certains écosystèmes (notamment les forêts) au profit de la production d’aliments, la deuxième augmentait ce détournement en détruisant les écosystèmes et en puisant dans l’énergie stockée (charbon et pétrole) pour produire de la nourriture et des biens de consommation.

L’économie moderne est corrélée à une phase de croissance de l’utilisation de l’énergie et de la population. Cette économie fonctionne sur la croissance où, par définition, la demande est plus grande que l’offre. En théorie, elle aurait dû faciliter la résolution des problèmes de revenu et de chômage. Non seulement c’est loin d’être le cas, mais en plus, dans sa forme néolibérale, elle devient d’autant plus artificielle qu’une grande partie du socle sur lequel elle repose, à savoir l’énergie (le pétrole), s’épuise.

La découverte de nouveaux gisements a culminé dans la décennie 60, et les découvertes des décennies suivantes ne font que diminuer malgré l’amélioration des techniques de détection et de forage. La production, quant à elle, atteindra son maximum en 2010 (demain) et diminuera d’environ 2,5% par an pour s’épuiser vers 2100 (après-demain). Son épuisement signera la disparition de l’économie moderne qui ne se conjugue pas avec la croissance zéro, encore moins avec la décroissance.

Que nous propose le Conseil fédéral comme objectif n° 1 de sa législature ? Une « Politique de croissance » (cf. Train de mesures Politique de croissance du Conseil fédéral), qui est en fait une politique de croyance davantage basée sur un dogme économique que sur la réalité des faits. Mais la hausse des prix du pétrole consécutive au jeu de l’offre en augmentation et de la demande en diminution, ainsi que les conflits armés liés à l’appropriation de cette énergie vitale pour une économie de prédation, sont des signes qui devraient nous ramener à la raison. Et la raison, c’est l’investissement dans les économies d’énergie et les énergies renouvelables.

Grégoire Raboud, Les Verts / 21.06.04

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