La parabole des termites et des fourmis

Une des preuves du réchauffement climatique est l’apparition d’espèces végétales et animales subtropicales dans les zones tempérées. Parmi elles, les termites. Comme on ne les voit pas, on ne s’en soucie pas. On les verra lorsque certains bâtiments en bois s’écrouleront : la preuve par la catastrophe.

Notre planète est un grand village, menacé par différents types de termites. Des termites virtuelles qui préparent des catastrophes démographiques, migratoires, climatiques, alimentaires, en s’attaquant à la charpente de notre société. Des termites qui épuisent les ressources naturelles renouvelables (eau, forêt, sol) ou non (pétrole), qui dégagent des gaz à effet de serre, qui polluent l’environnement. Des termites qui fragilisent les piliers de l’économie par leur appétit insatiable (rétributions astronomiques des dirigeants, démantèlement des entreprises), les piliers de la politique par leur vue à court terme et contradictoire (frein aux dépenses et dépenses somptuaires, libéralisation des services), et, par conséquence, les piliers du social (précarisation de l’emploi, paupérisation, insécurités).

Une charpente attaquée par des termites présente des symptômes, lesquels invitent à prendre des mesures avant que le village global ne s’effondre. Ces symptômes ont été particulièrement forts ces derniers mois. La canicule d’abord. Elle devrait nous inviter à prendre des mesures d’économie d’énergie, de choix de transports et de produits à transporter. Une laitue importée des Etats-Unis au Royaume-Uni consomme 127 plus d’énergie (kérosène de l’avion) qu’elle en contient. En 1997, la France a importé 400'000 cochons et exporté 580'000. Est-ce bien nécessaire ? La coupure de courant du Nord-est américain ensuite. La privatisation de l’énergie a mis en évidence les risques dénoncés, à savoir une maximisation des bénéfices en vendant le plus d’énergie possible mais en dépensant le moins d’argent dans l’entretien des réseaux. Privatisation des bénéfices et socialisation des coûts, notamment par privation des services : 50 millions de personnes ont subi la coupure pour un coût estimé à 6 milliards de dollars. Le feu de forêt de Loèche enfin. Les plaintes concernant le manque d’exploitation et la réduction des contributions à l’entretien des forêts et à leur protection viennent des mêmes personnes qui se sont engagés aux freins aux dépenses et qui ont refusé, en votation, toutes les mesures (taxes sur l’énergie) visant à favoriser les énergies renouvelables y compris le bois-énergie.

Alors que la forêt rend un service gratuit de protection par le travail de fourmi qu’elle accomplit et le travail des fourmis qu’elle héberge, on préfère laisser les termites accomplir leur œuvre destructrice. Ce travail gratuit qu’elle ne peut plus accomplir à Loèche coûtera environ 15 millions de francs. Si l’on acceptait des dépenses essentielles pour la protection, l’exploitation et l’entretien des forêts, ces dépenses seraient des investissements préventifs très rentables. L’environnement nous offre des services gratuits (régulation climatique, épuration des eaux, formation des sols, filtration de l’air). La valeur des services de la forêt suisse est estimée à 9 milliards de francs. Négliger cette fonction entraîne des conséquences économiques et sociales d’autant plus élevées que la forêt est détruite. Les fourmis existent. Elles sont actives dans les énergies renouvelables, dans l’agriculture intégrée ou agro-écologique, dans l’agroforesterie, dans l’artisanat et les PME, dans l’aide publique au développement.

Nous savons que nous sommes menacés, mais nous n’avons pas peur. Nous savons que les termites sont là, mais la maison tient toujours. Nous attendons impassibles la catastrophe. Pour l’éviter, il est urgent de préférer au travail des termites celui des fourmis.

Grégoire Raboud /20.08.03

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