Le devoir de Solidarité
Avant 1492, plusieurs mondes géographiquement (donc politiquement, économiquement, socialement et culturellement) indépendants vivaient sur notre planète Terre. Après 1492, la surface de la planète s’est transformée et mondialisée. La pomme de terre et la tomate, originaires d’Amérique latine, font partie du paysage agricole européen. La banane et la canne à sucre, originaires d’Asie du Sud-Est font partie du paysage latino-américain. Aussi bien les épices que le coton font partie de chaque ménage où qu’il se trouve. Le monde est devenu interdépendant.
Paradoxalement, cette interdépendance s’est accompagnée d’exclusion. Des mondes de pauvreté apparaissent, dépendants des mondes de richesse, où les frontières sont moins géographiques que politiques et économiques, voire sociales. Le fossé s’élargit. En 1870, les 20% des pays les plus riches avaient un revenu par habitant 11 fois supérieur à celui de 20% des plus pauvres, en 1960 38 fois supérieur, en 1997 74 fois supérieur. Ce fossé est source d’insécurité tant au niveau local, régional qu’international. Plus d’un milliard d’hommes et de femmes sont sans emploi ou sous-employés, ce qui constitue, pour Juan Somavia, directeur du Bureau international du travail, le plus grand échec de la mondialisation. 800 millions de personnes, dont 300 millions d’enfants, endurent les affres de la faim, causant 24'000 victimes par jour. Pour prévenir les déflagrations sociales, les citoyens planétaires (ce que nous sommes tous qu’on le veuille ou non) ont un devoir de solidarité vis-à-vis de nos concitoyens victimes d’exclusion.
Dans la Déclaration finale du Sommet mondial de l’alimentation qui s’est tenu à Rome au début juin 2002, les participants « [exhortent] les pays développés qui ne l’ont pas encore fait à déployer des efforts concrets en vue d’atteindre l’objectif consistant à allouer 0,7% du PNB à l’aide publique au développement ». M. Jacques Diouf, directeur de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) rappelle que « les pays de l’OCDE transfèrent plus de 300 milliards de dollars à leur secteur agricole, c’est-à-dire qu’ils soutiennent directement chaque agriculteur à hauteur de 12'000 dollars par an. Ces mêmes pays procurent 8 milliards de dollars aux pays en développement, soit 6 dollars pour chaque agriculteur. » Dans un livre qui vient de paraître aux Editions d’En Bas sous le titre « La Suisse dans la constellation des paradis fiscaux », les auteurs relèvent que « les paradis fiscaux dépouillent les pays du tiers-monde d’au moins 50 milliards de dollars par an », soit à peu près l’équivalent de l’aide au développement. Ils estiment à 5 milliards de francs, cinq fois le montant de l’aide suisse, les pertes subies par les pays du Sud du fait des fonds placés en Suisse.
Dans ce contexte, la solidarité est un devoir pour une nation qui se veut responsable. La Fondation suisse solidaire est moins un acte de charité qu’une reconnaissance de dette vis-à-vis de nos concitoyens, autant suisses que planétaires qui ont participé à la création de la richesse des Suisses mais sans en avoir profité.
Grégoire Raboud /17.01.04
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Au-delà de la caricature, qui comporte toujours une part de vérité, il faut dire OUI à l'initiative limitant le nombre de résidences secondaires.
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