Large image complexe sud

La situation financière de la Ville de Sierre est préoccupante. Le parti des Verts n'est pas le seul à s'inquiéter des finances communales.

La Municipalité, dans le dernier « Info Sierre » distribué à la population en février, fait état "d'une période de turbulences (...) La Ville n'a plus d'autre choix que d'agir sur ses dépenses (...) et va continuer à travailler sur d'autres projets de coupes, car cette période va durer encore quelques années. Objectif, économiser plusieurs milions pour revenir aux chiffres noirs dans des délais raisonnables".

Lors de l'approbation du budget 2014 en décembre dernier, les différents groupes politiques ont fait également état de leurs préoccupations quant à cette situation financière. Ce fut le cas du groupe PDC : "Un budget 2014 où quelques modifications cosmétiques apparaissent, dans lequel les vraies priorités n’ont pas été dégagées, et les charges de fonctionnement ne sont pas maîtrisées, ne correspond pas à l’idée de finances saines que prône notre groupe. En conclusion, le groupe PDC du CG regrette l’incapacité de la Municipalité à présenter un budget et un plan financier équilibrés, sur le court et le long terme. Notre groupe s’inquiète également de la politique d’investissement accélérée de la Municipalité qui n’est pas en phase avec ses capacités, tant financières qu’en termes de ressources humaines. Pareille politique ne se fait qu’au détriment de services utiles à nos concitoyens" (PV du CG de décembre 2013, Intervention de Steve Caloz, p. 4)

Le Groupe Radical-Libéral, lui aussi, tirait la sonnette d'alarme : "Madame la Présidente, chers-ères collègues, l’inquiétude qui pèse sur les membres du groupe libéral-radical est difficile à traduire, tant elle est grande. Le budget qui nous est proposé conclut à un excédent de charges de plus de 3,8 millions. Et nous savons tous que la situation est bien pire que cela. Si l’on ne prend pas en compte le nouveau coefficient d’impôt, le droit de mutation récemment adopté, ainsi que les hausses des tarifs Siesa, le déficit s’élèverait entre 6 et 7 millions. Le groupe radical se demande comment diable on en est arrivé là" (PV du CG decembre 2013, Intervention de Roger Matter, p. 3). C'est à cette question posée par le chef du Groupe PLR que nous tenteront de répondre aujourd'hui. Pour ce faire, intéressons nous à la situation financière de la ville.

Le résultat des comptes de fonctionnement chute depuis quelques années alors que le poids des amortissements ne cesse d'augmenter. Ces derniers ont pratiquement doublés entre les comptes 2005 et le budget 2014. Cette hausse est principalement liée aux investissements réalisés par la Ville. Pour rappel, la loi cantonale oblige les communes à amortir annuellement 10% de la valeur résiduelle des amortissements réalisés.

Non, Sierre ne vit pas dans l'immobilisme. En 10 ans, près de 150 millions ont été investis. C'est un montant considérable. Mais avons-nous actuellement la capacité à investir autant ? En observant la marge d'autofinancement, la réponse est clairement non. Sans avoir recours à l'emprunt, la Ville devrait prévoir des investissements entre 9 et 15 millions par année. Or, le budget 2014 prévoit des investissements de plus de 20 millions.

Plus inquiétant, lors de la séance du CG de février 2014, les CG ont accepté le crédit d'engagement pour le "Complexe Sud" qui prévoit un montant total de 24 millions. Et ce n'est pas fini pour 2014 puisque le législatif sera sûrement appelé à voter sur des crédits d'engagement de 10 millions pour l'Ecole et l'UAPE de Granges et de 6 millions pour la zone sportive d'Ecossia. Faites les comptes, pas moins de 40 millions seront votés en 2014 !

Mais aux crédits d'engagements s'ajoutent les frais de fonctionnement. Ces charges induites, de l'ordre de 5 à 10% du montant de l'investissement, se composent des intérêts passifs (si recours à l'emprunt), des amortissements (10% dégressif de la valeur résiduelle), des frais d'entretien et des salaires. A titre d'exemple, pour le "Complexe Sud", la Cogest a chiffré les frais d'exploitation à 890'000.- annuels pour un déficit d'exploitation annuel de 640'000.-. Ce montant viendra alourdir le budget une fois l'investissement réalisé en 2017, et ce pour une période de 35 ans...

Dans le Info Sierre, la Municipalité fait mention des indicateurs financiers. S'il est vrai que l'endettement par habitant est faible, deux indicateurs attirent l'attention. Si on se tient aux chiffres indiqués dans le budget 2014 (p 77), le degré d'autofinancement de 33% est largement insuffisant. Pour rappel, cet indicateur se calcule de la façon suivante : Marge d'autofinancement /Investissements nets. En résumé, 33% des investissements sont financés par des fonds propres. Les autres 66% seront financés par un recours à l'emprunt.

Le deuxième indicateur est la capacité d'autofinancement. Celui-ci se monte à 8.98 % et se situe à la limite du satisfaisant. Cet indicateur nous montre que sur 100 francs de revenus, il reste 9.- pour rembourser les dettes ou financer les futurs investissements. Ce taux signifie aussi qu'en cas de fort endettement de la Ville, il sera extrêmement difficile de rembourser les dettes.

Ces indicateurs nous font penser que la situation financière de la Ville de Sierre n'est pas optimale. Vu les périodes de turbulences annoncées, il serait malvenu d'augmenter sensiblement la dette par habitant à cause d'une politique d'investissement non maîtrisée.

La Ville, quant à elle, continue sa politique démesurée des investissements. Pour preuve, près de 85 millions sont prévus de 2014 à 2017. Dans le même temps, il est prévu de couper dans les prestations afin d'économiser plusieurs millions de francs et de retrouver les chiffres noirs. Ces coupes ont d'ailleurs débuté lors de l'acceptation du budget 2014 et touchent de nombreux secteurs : Enseignement (suppression des bourses d’études), sécurité (réduction des horaires de la police et de la permanence nocturne), culture, manifestations (suppression du Feu au lac, fin du Sismics festival, coupe dans le budget du Théâtre les Halles), sport (pas de crédit pour le terrain de foot synthétique), énergie (diminution du budget du poste délégué à l'énergie).

Après avoir raclé les fonds de tiroir et économisé près de 800'000.- en 2013, quelles seront les coupes décidées par la Municipalité ? Va-t-on vers des réductions des subventions accordées aux manifestations et aux sociétés locales ? la fin d'autres manifestations comme DreamAgo ? les Floralies ? Le Blues Festival ? vers un gel des salaires des employés de l'administration et la suppression de certains postes ? Vers une réduction des heures d'ouverture de la bibliothèque, de la piscine ? Va-t-on supprimer les bus Sierrois ou même couper des subventions attribuées au domaine du culte ? Peut-être même que la Municipalité envisage une réduction des indemnités versées aux Conseillers municipaux et généraux ?

L'autre possibilité envisagée est l'augmentation des impôts. Cette mesure impopulaire a déjà été proposée lors du plénum concernant le budget 2014. Les conseillers généraux ont refusé cette demande de l'exécutif. Mais il est fort probable que ce point soit remis à l'ordre du jour lors des négociations du prochain budget.

Dans ce contexte financier morose, entre investissements nécessaires et frais de fonctionnement induits, coupes dans les prestations et possible augmentation d'impôt, l'argent des contribuables doit être utilisé avec parcimonie et réflexion.

Le cas du „Complexe Sud“ voté en février dernier a retenu toute notre attention. Comme vous le savez, les membres des Verts ont été les seuls à s'opposer à ce projet.

Complexe Sud

Le 26 février dernier, le CG de Sierre s'est penché sur le projet appelé "Complexe Sud". Ce projet porte bien son nom de "complexe". Il porte en effet sur 4 objets distinctifs, soit une passerelle, un parking, une gare routière, le tout couplé avec l'implantation de la nouvelle Ecole de Commerce et de Culture Générale.

La construction de l'école est financée à 90% par le canton du Valais qui se prononcera sur un crédit d'engagement dans les mois à venir. Les 10% restants sont à la charge de la Ville. La Ville financera, quant à elle, l'intégralité du parking, de la nouvelle gare routière et également une grande partie de la passerelle.

Concrètement, le crédit d'engagement soumis au CG du 26 février était de 17'600'000 auquel il faut ajouter 4.5 milions pour la participation à la construction de l'école et également 1'700'000 pour l'aménagement du rond-point des Platanes. Le montant total prévu pour ce projet est donc d'environ 24'000'000.-.

A ce crédit d'engagement, il faut également ajouter les frais de fonctionnement annuel. La Cogest a estimé le déficit d'exploitation à 640'000.- par année.

Les membres du Parti Vert de Sierre, membre de l'AdG, ont été les seuls à s'opposer à ce "Complexe Sud" sous cette forme. Nous sommes convaincus du bienfondé de la construction de l'école dans la Cité du Soleil.

Nous sommes également d'accord avec le Conseil Communal quant au déplacement de la gare routière au Sud des voies CFF. Libérer le centre-ville de la présence des bus nous semble une idée convaincante, à condition que les autres prestataires de la gare routière en fassent de même. Quelle est la position des P&R CFF, des taxis et de Mobility quant à ce projet ? Vont-ils également être intégrés à ce nouveau complexe ?

Nous sommes toutefois sceptiques en ce qui concerne l'effet bénéfique à court et moyen terme de ce déplacement de la gare routière. Par où passeront les bus desservant la Noble Contrée tant que le passage de la Scie n'aura pas été réalisé ? Où en est ce projet de tronçon ? Quel sera son coût total en imaginant que ces travaux impliqueront sans doute la destruction de la vétuste patinoire de Graben et, par conséquent, la construction d'une nouvelle halle de glace. Des projets coûteux et pour l'instant en phase embryonnaire...

Notre vote négatif à ce projet porte sur les deux autres objets, soit la passerelle et le parking de 210 places.

La construction d'un parking nous étonne. Dans son "Plan Directeur, version 2013, p. 13", le Conseil Communal fait mention : "Des études réalisées en 2006 relevaient que l’offre en places de stationnement publiques était déjà très élevée au centre-ville de Sierre. (50% de plus qu’à Montreux, Vevey, Nyon - comparaison par rapport au nombre d’habitants et de places de travail)". La situation a-t-elle évoluée depuis 2006 ? Quelle est la clause du besoin actuellement ? Des études ont-elles été menées pour connaître le taux d'occupation (heure par heure) des parkings de Sierre ? Si oui, quels sont les résultats, combien d'heures les parkings de Sierre sont-ils à saturation ? Si non, est-ce judicieux, alors qu'on annonce des périodes financières délicates, de construire un parking sans même en étudier les besoins ? Est-il raisonnable de grever le budget de 640'000.- (cf Cogest) alors que les prévisions du budget 2014 annoncent un déficit de 5.2 millions ?

Le projet de passerelle ne nous convainc pas non plus. Dans le périmètre, il existe déjà 4 liaisons Nord-Sud sur une distance de 600m. Il y a en effet le passage de la Scie, les deux sous-voies CFF ainsi que le Pont Beaulieu. Un cinquième axe de liaison nous semble superflu et relativement coûteux. Etant donné que le pont Beaulieu doit être rehaussé pour permettre le passage des trains à deux étages, la municipalité a-t-elle étudié la faisabilité d'améliorer le passage pour les piétons lors de cette réfection au lieu et place de la passerelle ?

En résumé, nous soutenons l'implantation de l'Ecole de Commerce et de Culture générale dans ce périmètre ainsi que le déplacement de la gare routière au Sud des voies CFF.

Par contre, la situation financière délicate de la Ville de Sierre nous amène à émettre des critiques quant aux objets relatifs à la passerelle et au parking. Pour ces deux points, la clause du besoin n’est pas prouvée et la réalisation de ces projets n’est pas prioritaire pour la vie de la population Lors de la séance du Conseil Général, nous avons proposé de réduire le montant de ce crédit d'engagement.

Nous avons également fait la demande pour que ce projet complexe soit voté par les Sierrois au moyen d'un référendum. Ces deux demandes ont été refusées par le CG.

Suite à cette séance du CG, nous avons longuement réfléchi sur le bienfondé ou non d’une récolte de signature afin de lancer un référendum populaire et donner ainsi la possibilité à la population de s’exprimer sur ce sujet. Après de longues heures de réflexions, nous sommes arrivés à la conclusion qu'un référendum populaire n'était pas opportun. Etant donné la situation financière de la ville, ce référendum aurait été bénéfique afin de s'opposer au parking et à la passerelle qui ne nous semblent pas des priorités. Par contre, lancer un référundum sur cet objet complexe, c'est prendre le risque de faire échouer le projet de construction d'une Ecole adaptée aux besoins du 21ème siècle, une école qui s'inscrit comme un atout majeur pour le futur de la Ville de Sierre.

Néanmoins, notre analyse nous incite à questionner la municipalité sur différents points en lien avec ce projet:

  • Quelle est la position des P&R CFF, des taxis et de Mobility quant à ce projet ? Vont-ils également être intégrés à ce nouveau complexe au Sud des voies ?
  • Où passeront les bus desservant la Noble Contrée tant que le passage de la Scie n'aura pas été réalisé ? Où en est ce projet de tronçon et quel sera son coût direct et indirect ?
  • Quelle est la clause du besoin pour un parking au centre ville ? Des études ont-elle été menées ? Le déficit d'exploitation annuel de 640'000.- mentionné par la Cogest est-il raisonnable dans cette période de turbulences ?
  • La passerelle n’est-elle pas superflue étant donné les quatre axes de liaisons Nord-Sud existant dans un périmètre de 600m ?

Notre inquiétude se porte également sur l'avenir de la Ville. La situation financière n'est pas bonne, certains indicateurs financiers passent au rouge. De nombreux investissements sont prévus durant les quatre prochaines années. Dès lors, nous nous interrogeons sur certains points :

  • Comment la ville compte-t-elle financer ses investissements sans toucher aux prestations existantes ?
  • Quelles sont les prestations, les manifestations qui vont faire les frais de cette démesure dans les investissements ?
  • Une hausse d'impôt est-elle obligatoire ces prochaines années ?
  • Quelle place reste-t-il à l'innovation et à la création de nouveaux projets ?

Nous espèrons sincèrement que la Municipalité réponde à nos inquiétudes tant sur le projet du « Complexe Sud » que sur l'avenir financier à court, moyen et long terme.

Laurent Clavien et Jean-Daniel Melly, co-présidents


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